Salut! C'est François!
On a quitté notre appart-demi-sous-sol-à-Laval assez tôt ce matin-là, car on s'apprêtait à faire 4h de bus de Sibiu à Cluj-Napoca! Cluj-Napoca est une grosse ville du nord de la Transylvanie. Il n'y a pas grand-chose à y faire, mais c'était un arrêt obligé sur notre route vers le nord de la Roumanie et l'Ukraine!
Après avoir somnolé pendant une partie du trajet, on est finalement parvenus à destination vers l'heure du midi. En débarquant, j'ai donné un coup de main à une Française d'une soixantaine d'années en lui sortant sa valise de la soute. Elle semblait voyager seule, et ça m'a fait réaliser qu'on en croise pas souvent, des voyageurs de cet âge qui ne se déplacent pas en groupe! Il n'y a pas de raison de ne pas le faire, pourtant, dans un pays où c'est sécuritaire et relativement facile comme la Roumanie!
On prenait un train de nuit ce soir-là, alors on a laissé nos gros sacs en consigne à la gare. Ça nous a permis d'admirer un beau fail. En Roumanie, les abreuvoirs publics ont des jets verticaux (ça ne forme pas un arc comme chez nous). Un dame tentait de remplir sa bouteille d'eau à l'abreuvoir en la tenant à l'envers! Naturellement, l'eau restait pas dans la bouteille! La loi de la gravité, connaît pas!
On a mangé dans une cafétéria où des employées bêtes nous ont servi des boulettes de viande avec des patates pilées. Qu'à cela ne tienne, on a compensé notre manque de fruits et légumes en s'achetant des cerises à un étal à côté. On a cependant dû réfréner les ardeurs de maraîchère, qui nous aurait autrement rempli un sac d'un kilo de cerises! Remarquez, à 2$ le kilo, ça ne nous aurait pas ruiné, mais on n'aurait jamais pu manger tout ça!
On a mangé le tout dans un parc près du centre où on a pu faire un peu de people watching! Premier constat: Cluj-Napoca est une ville étudiante, et ça parait, parce qu'on a vu pas mal plus de jeunes ici qu'ailleurs! On a aussi bien rigolé en voyant une madame poursuivre son mini chien et en l'amenant vers elle en le tirant par la queue!
On s'est ensuite baladés dans les vieux quartiers de Cluj, en visitant quelques églises dont une gothique assez imposante. À Cluj, contrairement au reste de la Transylvanie, on trouve une influence hongroise visible notamment dans les écritures au sein des églises. C'est que la région a longtemps fait partie de l'empire austro-hongrois. En fait, toute la Transylvanie a longtemps été disputée entre la Hongrie et la Roumanie, et on trouve encore de nombreux Hongrois dans la coin (qui sont encore un peu traités comme des citoyens de seconde zone dans le pays). Mais n'allez pas remettre en question le bien-fondé de la souveraineté roumaine sur la Transylvanie, ce serait ouvrir une boite de Pandore!
Il faisait très chaud cette journée-là (pour une fois qu'il ne pleuvait pas), mais on a tout de même poursuivi notre exploration en visitant l'immense cimetière hongrois de la ville. En chemin, on a croisé une cathédrale en construction, vision étrange pour un Québécois habitué à voir les églises fermer! Puis, on s'est promenés dans le sympathique jardin botanique de Cluj. Le pavillon japonais ne faisait pas vraiment japonais, mais l'ombre était appréciée et les serres étaient fournies!
De retour en ville, on a traversé le quartier étudiant pour se retrouver près de la place centrale, où Mémé a fait un peu de magasinage. On a mangé un genre de pita sur la grande place en regardant les gens et les pigeons qui roucoulaient, tout en tâchant d'éviter la fumée de cigarette omniprésente. Les Roumains sont de sérieux fumeurs, et les espaces publics (et les terrasses) sont rapidement envahis de vapeurs de nicotine...
J'étais fatigué ce jour-là, sachant qu'on s'était levés tôt, et ça avait visiblement affecté mon moral, car en mangeant ce soir-là, j'étais vaguement déprimé. La Roumanie est un beau pays, mais il me semblait à ce moment-là que toutes les villes que nous avions récemment visitées étaient semblables et ressemblaient à Cluj: un vieux centre, quelques églises, et voilà. Pourtant, nous avons voyagé dans nombre d'endroits où les villes étaient similaires, et où nous avions pourtant trouvé que l'ambiance était géniale. Il manquait quelque chose à ce pays que je n'arrivais pas à trouver. C'est Mémé qui a mis le doigt dessus: les gens. En Roumanie, notre expérience nous a montré qu'une personne sur deux était un peu bête dans ses interactions avec nous, qu'il s'agisse de serveurs ou d'employées de gare. Et pour des voyageurs, c'est un détail qui fait la différence entre une destination dont on garde d'excellents souvenirs, et une autre bien, mais qui manque un peu de saveur. On a adoré les Stans notamment pour l'hospitalité extraordinaire des gens (outre les superbes paysages); la Colombie et le Surinam ont une place spéciale dans nos mémoires pour la gentillesse hors du commun de leurs habitants. Et on ne peut pas dire que le Surinam croule sous les attraits touristiques! En Roumanie, notre expérience plus mitigée avec les gens teintait visiblement un peu notre jugement du pays. Ne me méprenez pas: les Roumains sont sympathiques. Mais il semble y avoir une distance entre eux et nous, une glace qu'il faut briser pour accéder à leur côté givré. Un peu comme une huitre fermée qu'il faut un peu forcer pour ouvrir...
Tout ça pour vous dire que la Roumanie est un pays qu'on a aimé et qui vaut franchement la peine d'être visité, mais qui ne figurera pas pour autant sur notre Top 10 de nos meilleures destinations...
On a été manger une genre de brioche au chocolat comme dessert (servis encore une fois par des employées impassibles) avant de revenir à la gare. On prenait un train de nuit vers Iasi. C'était notre premier train de nuit depuis les Stans, et on était à la fois excités et un peu appréhensifs sur notre expérience à venir!
Une fois à bord du train, on a tenté tant bien que mal de ne pas réveiller les deux passagers qui occupaient les deux autres couchettes de notre compartiment, mais ce fut un échec! C'était un couple d'environ 60-70 ans. Quand ils ont compris qu'on était étrangers, leur visage s'est éclairé et ils se sont mis à tout faire pour nous aider! Le monsieur a été me montrer où chercher les draps (il fallait apparemment les demander au contrôleur, quelque chose que je n'aurais jamais pu trouver moi-même) puis la dame a pratiquement fait nos lits pour nous! Aucun des deux ne parlait anglais, mais on a tout de même compris qu'ils débarquaient à une ville un peu avant nous et qu'ils avaient un fils qui habitait Seattle et qui visitait fréquemment Vancouver. Ils étaient vraiment trop gentils! On a réglé la température de la cabine à "plus frais" sachant qu'elle était bloquée à "sauna amérindien", on leur a souhaité bonne nuit, puis on s'est endormis au son répétitif des "tac-tac, tac-tac, tac-tac" du train sur les rails.
En pleine nuit, j'ai été vaguement éveillé par une main qui remontait doucement sur mon épaule une couverture plus chaude que je n'avais pas au moment où je m'étais endormi, sachant qu'il faisait alors très chaud. Il faisait désormais plutôt frais dans la cabine, et on a compris par après que le couple qui partageait notre cabine nous avait recouvert de ces couvertures afin que nous n'ayons pas froid!
Avant de quitter la cabine, le monsieur a serré un bref moment ma tête dans ses bras, de la même manière que l'aurait fait un père avec son enfant endormi. C'était une étreinte spontanée difficile à définir, sans malice et profondément humaine, qu'un parfait étranger me prodiguait sans raison apparente, et qui ne me paraissait pourtant aucunement déplacée. Je lui rappelais peut-être son fils qu'il ne voyait que trop rarement, je ne sais pas. J'ai le vague souvenir de lui avoir dit "merci" en roumain avant de replonger dans le sommeil.
Je crois qu'à compter de ce moment-là, j'étais réconcilié avec la Roumanie.
À bientôt pour la suite!
Moments rares de déprime et de contact humain. Beau texte.K
RépondreSupprimerC'est curieux: j'ai reçu Iasi dans Feedly mais il n'est pas ici. K
RépondreSupprimerC'est pour ces moments là que les voyages c'est magique...
RépondreSupprimerEt en passant, merci d'avoir aidé cette voyageuse au nom des " femmes de presque 60 ans qui voyagent seules" dont je fais partie !
La mystérieuse D. (!)
D comme dans orgue? K
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