Hallo! C'est François qui continue!
Après avoir déjeuné ce matin-là à la pension de Sisghisoara, on est descendus en basse-ville pour aller récupérer notre voiture pour la journée! Soit dit en passant, Sighisoara a un certain air de parenté avec Québec: il y a une vieille ville fortifiée située au sommet d'un promontoire, et une basse-ville située juste en contrebas. Et la vieille ville est autant envahie de touristes dans les deux cas!
Au stationnement nous attendaient le sympathique Dan (le gars qui nous louait l'auto) de même que notre rutilant bolide! J'étais tout excité à l'idée de conduire une Dacia! Quoi de plus roumain que de conduire une voiture Made in Romania?
Et c'est un départ! C'était ma première expérience de conduite à l'étranger (si on exclut les motobikes au Vietnam), et ça s'est plutôt bien passé!
C'est comment, conduire en Roumanie? C'est assez semblable à chez nous, mais ça pose aussi quelques défis particuliers:
- Peu d'autoroutes = routes à deux voies (voire à une seule en campagne), et donc dépassements téméraires!
- Hormis les routes nationales, les routes ne sont pas toujours dans le meilleur état! Les nids de poule sont légion!
- Il faut penser à s'arrêter aux passages à piéton, ce qui n'est vraiment pas naturel pour nous!
- Les débuts et fin de limites de vitesse ne sont pas toujours indiqués: à défaut, il faut se souvenir que c'est 50 dans les villages et 90 en dehors, sauf indication contraire! Et, selon ce qu'on nous a dit, la police va se faire un plaisir de nous coller une amende si on dépasse ne serait-ce qu'à peine la vitesse permise!
- En campagne, il faut faire attention aux véhicules lents qui encombrent les routes (tracteurs, carrioles à cheval (il y en a encore beaucoup ici))... et aux voitures et camions qui te poussent dans le derrière alors que tu roules déjà à 90kmh, et qui ont le klaxon facile!
- Moutons, chevaux, chèvres, chiens, chats, oiseaux et autres animaux peuvent surgir à tout moment au tournant! Et dans les villages, les paysans, papys et enfants à vélo sont partout dans les rues!
Bref, il faut donc rester concentré!
Cette journée-là, on faisait une balade dans la campagne entourant Sighisoara, une région de Roumanie appelée "le pays saxon". Comme vous avez sans doute pu le constater en lisant nos dernières entrées de blog, il y a une forte influence allemande en Transylvanie. On est pourtant ici à plus de 1000km des terres germaniques. C'est qu'au Moyen-Âge, un prince de Roumanie a invité l'ordre des chevaliers teutoniques à coloniser la région afin d'y construire des places fortes, dans le but de protéger le pays des Ottomans. De nombreux Saxons ont répondu à l'appel, transformant la Transylvanie médiévale en une espèce de mini-Allemagne! Beaucoup étaient d'ailleurs originaires de la région du Luxembourg, et ont amené leur dialecte avec eux en Roumanie. Ainsi, la Transylvanie est l'une des rares régions au monde où on parle aussi luxembourgeois! Ici, toutes les villes et villages ont un nom roumain et un nom allemand. Les descendants de ces colons sont retournés en grand nombre en Allemagne après la chute du communisme, mais d'autres sont restés. Chose certaine, l'héritage germanique de la région demeure bien vivant.
Les Teutons avait été invités en Transylvanie pour la défendre contre les Turcs, qui étaient une menace constante dans cette zone située aux franges de l'empire de ces derniers. La construction de châteaux et forteresses à quelques endroits stratégiques ne protégeait néanmoins pas toutes les localités. Dans les villages, des paysans ingénieux ont eu l'idée de renforcer la structure centrale la plus solide de leur communauté - l'église - et d'en faire de véritables mini-châteaux. Le clocher servait généralement de tour fortifiée, et l'église pouvait même être entourée de hautes murailles! Ce concept d'églises fortifiées a fait fureur, et bientôt pratiquement chaque village de la région en avait une version plus ou moins raffinée. Plusieurs d'entre elles sont maintenant inscrites sur la liste de l'UNESCO. C'est ce qu'on allait visiter aujourd'hui!
Premier arrêt: un petit village à quelques kilomètres de Sighisoara, où on a pu voir et visiter notre première église fortifiée. À l'intérieur, il n'y a pas vraiment de différence avec une église normale, c'est vraiment à l'aspect général, à la présence de meurtrières et à l'épaisseur des murs qu'on constate que l'église jouait aussi un rôle militaire!
On est ensuite repartis pour s'arrêter dans un village poussiéreux un peu en dehors de la grande route. Là, l'église avait été reconstruite (car apparemment rasée par les Ottomans), mais les murailles demeuraient. Alors qu'on entrait dans l'enceinte, une vieille dame nous a apostrophé. Gardienne des lieux, c'était une Saxone originaire du village, retournée en Allemagne depuis 1989 mais qui revenait chaque été prendre soin de son église dans ce village perdu de Roumanie. Elle ne parlait qu'Allemand et quand je lui ai répondu que je parlais un peu cette langue, son visage s'est éclairé et elle s'est fait un plaisir de nous faire un tour guidé en allemand! J'ai pu comprendre l'essentiel, je pense, et je traduisais en français à Mémé pour le plus grand bonheur de la vieille femme! En tout cas, elle était vraiment gentille et dévouée à son coin de pays!
On est repartis ensuite vers notre prochain arrêt, le village de Viscri. On a quitté la grande route pour pénétrer dans les terres par les petits chemins ruraux qui traversent la région. Vous dire que le paysage était pastoral est un euphémisme. Imaginez-vous des collines verdoyantes, entourées de champs, avec par-ci par-là une forêt, une petit village, un troupeau de moutons... On a pique-niqué près d'une rivière dans ce théâtre champêtre, puis on est arrivés à Viscri après un bon moment sur une route de gravier.
Viscri est l'une des deux églises fortifiées les plus impressionnantes de la région. Malheureusement, on est arrivés en plein durant la pause-diner et l'édifice était fermé. Pour passer le temps avant l'ouverture, on s'est rendus avec notre Dacia au prochain village, Dacia (difficile de faire plus roumain), où on a marché un peu en saluant les enfants roms qui nous disaient bonjour. En revenant vers Viscri, on a dû s'arrêter le temps que le berger chasse les troupeaux de moutons qui avaient envahi la route! Au prochain tournant, on a aussi dû ralentir parce qu'un âne se prélassait au milieu du chemin!
À notre retour à Viscri, c'était finalement ouvert et on a pu bien visiter l'endroit! On a pu voir l'intérieur des hautes murailles avec ses tours de guet, la (très vieille) église et je suis monté admirer la vue du haut du clocher fortifié. Il y avait aussi un petit musée qui portait sur les traditions des villages d'antan. Ça valait bien l'attente!
On a ensuite repris la route vers le sud, en traversant plusieurs villages à travers des paysages toujours aussi bucoliques. Au bout d'un moment, on a fait une pause au village de Soars, un endroit absolument pas touristique mais qui nous apparaissait mignon avec son église (fortifiée, elle aussi) et sa petite rivière. Après avoir marché un moment entre les chèvres et les oies un monsieur nous a arrêté pour nous serrer la main et nous jaser ça en roumain! On a ensuite continué notre tour en se faisant suivre par des enfants. Il y avait l'air d'avoir des funérailles dans le village car une bonne partie de la population était rassemblée, en noir, près de ce qui nous semblait être un genre de centre communautaire. Avant de partir, un vieux monsieur assis sur un banc et ses amis nous ont envoyé la main en nous parlant en roumain! Expérience rurale non-touristique en Roumanie? You bet! Avec en prime les vieux assis qui te fixent quand tu passes en auto dans leur village, c'est sûr qu'on ne passe pas inaperçus!
Quand on est repartis, le ciel était déjà plus sombre (alors qu'il faisait plein soleil à Viscri), et la route, elle, de plus en plus mauvaise. Passé le mal nommé village de Rodbav (bonjour les blagues immatures), les nids de poules devenaient tellement géants et fréquents que j'étais heureux de faire 10m sans devoir faire des acrobaties au volant pour les éviter! Cela dit, ce n'était rien à comparer de la petite route de terre qui nous attendait pour se rendre au village de Cincu. Ce qui paraissait un raccourci sur la carte était en fait un chemin de terre à une voie, avec des cratères immenses! Pour couronner le tout, il s'est mis à pleuvoir violemment, mais on a quand même pu atteindre une meilleure route avant que notre piste ne se transforme en boue!
Le soleil est revenu aussi rapidement qu'il avait disparu, et on s'est arrêtés un moment au village de Dealu Frumos pour admirer la vieille église. On a aussi remarqué que, dans le coin, les femmes s'habillaient encore en costume traditionnel, alors que les hommes portaient tous le chapeau! En ajoutant ce détail à tous pleins d'autres qui caractérisent la vie rurale en Roumanie (utilisation de faux, berger qui mènent les troupeaux, etc.), c'est à se demander si on n'a pas remonté 100 ans en arrière par inadvertance! Et on se rappelle que nous sommes ici dans un État membre de l'Union européenne, pas au Tiers-Monde! C'est fou!
Passé la petite ville d'Agnita, on a coupé à travers champs et forêts pour aboutir finalement à Biertan, l'autre must de la région. Ici, l'église est tellement surdimensionnée pour la taille du village et tellement fortifiée qu'on jurerait qu'il s'agit d'un château, muraille comprise! Malheureusement, on était arrivés trop tard pour visiter l'intérieur (il était presque 18h) mais le coup d'oeil extérieur était déjà bien parlant!
De là, on est retournés vers Sighisoara sur la grande route. Peu avant d'entrer en ville, on a été pris dans un méga embouteillage: deux camions étaient tombés en panne dans un côte, bloquant toute la circulation des deux côtés! Un policier tentait tant bien que mal de gérer la situation, en indiquant aux automobilistes de se faufiler à tour de rôle dans le passage étroit entre les deux camions immobilisés. Quand ce fut mon tour, le policier m'a fait signe d'avancer, puis a immédiatement fait un geste que Mémé et moi avons interprété comme signifiant que nous devions nous arrêter. Quand je me suis immobilisé, le policier s'est mis à me crier après pour que j'avance! Je ne sais pas ce qu'il m'a dit, mais on en déduit qu'il devait m'engueuler solidement! Ben là! Ça aurait demandé quoi, d'être plus clair?
Après cet épisode, on a mis de l'essence. Au moment de payer, la madame m'a proposé plein de sent-bons pour l'auto! Était-ce un article promotionnel gratuit, ou devais-je payer pour les obtenir? On ne le saura jamais car ni elle ni moi n'arrivions à nous comprendre! Dommage pour ceux qui espéraient avoir un sent-bon roumain comme souvenir!
On a ensuite rendu l'auto, puis on est retournés manger au même resto que la veille parce que c'était trop bon (et pas cher)! Pour ceux que ça intéresse: ça s'appelle Alte Post, et on vous le recommande chaudement! On a repris de la goulasch de même qu'un super plat de porc et saucisses avec patates. Le serveur n'était pas trop sûr de lui car il commençait à peine et ses tentatives de parler anglais n'étaient pas toujours concluantes, mais ça le rendait d'autant plus sweet pour ses efforts!
On a regardé le coucher de soleil avant de retourner dormir à l'auberge, après cette grosse journée de route! Verdict de l'auto en voyage: mitigé! Positif: ça nous permet d'aller explorer des coins qu'on ne peut accéder autrement, et ça permet de faire beaucoup en une journée. Négatif: une auto, c'est encombrant (notamment quand il faut trouver un stationnement), c'est plus stressant, il faut toujours être alerte (on regarde donc moins le paysage), ça coûte pas mal plus cher que le bus ou le train.. et surtout, ça nous "ramollit", dans la mesure où on hésite presque à quitter le confort de l'auto pour aller explorer à pied!
À bientôt pour la suite de notre exploration de la Transylvanie!
L'auto vous a permis un voyage dans le temps, ça valait le coût. Vivement les auto-nomes pour profiter du paysage! K
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