mercredi 1 juin 2016

Kothyn et Kamyanets-Podilsky

Obryden! C'est MP!

Ce matin-là, nous sommes partis vers Kothyn, un village "connu" pour son château médiéval! Le chauffeur de bus qui nous y amenait avait des manières elles aussi médiévales car (à ce qu'on en a déduit), il ne s'est pas gêné pour nous forcer à quitter son bus rendu au dit village, à grands coups de "c'est ici, bande de caves" qui semblaient rendre un peu mal à l'aise les autres passagers! C'est donc à partir de nulle part qu'on a entrepris notre marche vers le château, croisant au passage une maison en forme d'Arche de Noé. Coïncidence? Je ne pense pas.

Comme on avait à peu près zéro idée de où on s'en allait, on a apostrophé un Ukrainien en utilisant notre meilleur anglais de bébé. À notre grande surprise, il nous a répondu dans un anglais très bien et nous a rassuré qu'on prenait le bon chemin! À date en Ukraine, c'est assez impressionnant de voir à quel point la grande majorité des gens n'ont tout simplement AUCUNE base d'anglais!!

Khotyn est un village qui semble plutôt pauvre: des rues en terre battue, des petites maisons déglinguées, des vieilles Lada (oups non ça c'est partout en ex-URSS)! On est finalement arrivés à la forteresse, qu'on a observé de loin en mangeant un sandwich! Plutôt cute comme place à pique-nique, avec vue aussi sur le Dniestr. (François voulait que je vous parle de ce grand fleuve d'Europe qu'il était si content de voir en vrai (même si c'est gros comme le canal Lachine). Voilà, c'est fait!) Tout en mangeant notre savoureux repas à l'ombre, on analysait les risques de se faire éventuellement mouiller, parce que même s'il faisait gros soleil où on était, deux orages nous entouraient de chaque côté!

Puis on a visité la forteresse, avec plusieurs salles consacrées à des expositions (costumes traditionnels, armes et machines de guerre...). Une salle traitait des moyens de torture utilisés au Moyen-Age. Comme les panneaux étaient (pour une rare fois) traduits en anglais, on y a passé un certain temps. C'était à la fois fascinant et horrible/immonde/inhumain/abject/dégueulasse. Je ne savais pas que la méchanceté humaine avait pu se rendre si bas (genre scier une personne en deux, la tête en bas pour qu'elle reste consciente pendant tout le supplice, je vous épargne les autres). On avait déjà vu des expositions où ils parlaient de torture mais cette salle avait ce je-ne-sais-quoi qui rendait ça imaginable, avec des dessins et des reproductions du matériel utilisé. Faut croire que c'était bien fait parce qu'on est ressortis avec la nausée...

On a quitté le château, en marchant dans la direction inverse pour aller prendre le bus plus loin. Encore une fois, les indications du guide étaient vraiment pas claires et un monsieur nous a rassuré qu'on était au bon endroit pour "flagger" le bus (i.e. lui faire signe d'arrêter). Je sais pas pour vous mais on est pas encore 100% à l'aise avec le "flaggage" de bus. Avez-vous déjà vu quelqu'un flagger un Orléans Express chez nous?

Finalement, le chauffeur était bien fin et s'est arrêté avant même qu'on ait eu le temps de décrypter sa destination en cyrillique! Quand on est arrivés à Kamianets-Podilsky, il nous a serré la main avec un air reconnaissant quand on lui a dit qu'on venait du Canada! Les Ukrainiens ont l'air bien contents de recevoir des Canadiens/Américains vu qu'on les appuie dans la guerre actuelle. Par contre, on a vu dans quelques vitrines de magasins un signe montrant un cochon aux couleurs du drapeau russe, barré d'un gros X rouge... J'aurais pas envie d'être Russe et de voyager en Ukraine de l'Ouest ces temps-ci!

À Kamianets-Podilsky, on avait spotté un hôtel qui semblait bien dans le guide mais finalement il ne restait que des chambres plus chères et on ne trouvait pas que la place en valait tant la peine... Comme beaucoup de villes qu'on a vues dans ce voyage, celle-ci a aussi une vieille-ville, l'équivalent du Vieux-Québec! Et pour une des rares fois, François "GPS" Dansereau était complètement perdu pour s'y rendre! On a fini par trouver le pont qu'on cherchait, lui et sa fantastique odeur de bécosse qui semblait envahir la ville au grand complet! 

On y a donc continué notre recherche d'hôtel avec une guesthouse située dans un dédale de petites rues de la vieille-ville. Comme d'habitude, aucun signe clair, mais au moins une adresse sur la maison! On cogne plusieurs fois, pas de réponse... On rebrousse donc chemin avant de remarquer que deux maisons plus loin, il y a une petite affiche pour ladite pension! On cognait donc chez un inconnu depuis tantôt! Inconnu ayant la même adresse civique que la guesthouse... Tellement évident!

Par contre, on avait toujours pas de réponse, donc on a continué notre recherche ailleurs. Finalement, après s'être fait dire qu'un autre hôtel était plein, on en a trouvé un très bien! Il y a de ces fois où trouver un endroit pour dormir est compliqué! Au moins, on a trouvé la place juste avant le déluge! On est restés au sec un peu, faisant au passage des appels pour un problème qu'on avait avec une carte bancaire...

Quand on est sortis, on a fait un tour sur la place centrale où il y avait le spectacle de fin d'année d'une école de danse de la ville! Du hip-hop à la danse contemporaine, passant par une chorégraphie géniale d'enfants qui faisaient du cheval sur des coussins au son de "Cotton eyed Joe", tous les styles y sont passés! On a particulièrement aimé un numéro de danse folklorique ukrainienne! Aussi, les danses étaient entrecoupées de chansons patriotiques, et par moments certaines personnes dans la foule avaient la larme à l'œil. Côté moins positif: l'omniprésente odeur de bécosse et la présentatrice qui avait l'air de Dracula par abus de fond de teint trop pâle. Bref, on a vraiment passé un bon moment! 

On a soupé dans un café, où on s'est laissés tenter par le vin maison, ce qui était une grave erreur, croyez-moi. Par contre, le poulet de Kiev était délicieux! Puis on a fait une balade romantique pour observer de loin le château qui veille sur la vieille-ville! C'était vraiment magique! Avec une forme "château de Cendrillon" mais version médiévale, avec des lumières qui illuminent les tours, le tout sur fond de coucher de soleil, on ne pourrait pas vraiment faire mieux!!

Notre journée du lendemain a débuté avec le déjeuner à l'hôtel: on allait avoir une première idée de ce que les Ukrainiens mangent le matin! Hé bien: une côtelette de viande, une salade de betterave et des dumplings aux patates furent notre déjeuner!

Puis on a débuté notre exploration plus en profondeur de la ville en visitant le château. La vieille-ville est comme une ile entourée de profondes falaises rocheuses formées par les méandres d'une rivière , et le château est placé juste devant l'un des tournants de la rivière, un endroit vraiment stratégique! Par contre, le site avait quand même perdu de son charme par rapport à la veille au soir vu les hordes de visiteurs (Ukrainiens)! L'intérieur de la forteresse avait l'air d'une grande foire, avec des stands à souvenirs et des employés déguisés en Médiéval... Je n'ose pas imaginer la place lorsque l'Ukraine sera sur la map touristique!

Il y avait un grand musée qui semblait vraiment complet sur les deux guerres mondiales, mais on a pas compris grand chose vu le maigre avancement de notre ukrainien... Il y avait aussi une section sur la révolution de 2013-2014 à Kiev (je laisse François vous faire ce cours d'histoire dans la prochaine entrée). Pour nous qui n'avons jamais connu la guerre de près, c'est quand même incroyable de se dire que le pays dans lequel on est présentement est en guerre. À des centaines de kilomètres plus loin certes, mais quand même. On a croisé plusieurs soldats dans les villes (qui semblent en vacances) mais ceux-là mêmes pourraient se retrouverdemain au front  à l'Est du pays...

Justement, je ne sais pas si François se sentait l'esprit guerrier, mais il a eu envie d'essayer une des attractions du château: le tir à l'arbalète! J'ai tenté la chose aussi, c'est vraiment plus puissant que je l'aurais pensé!

On a continué notre journée en visitant la vieille-ville, construite à tour de rôle 
par les Polonais, les Ottomans et les Austro-Hongrois. Le centre avait bien sûr son églises, sa place centrale, son city hall et sa tour de l'horloge, toutes en plâtre couleur pastel. À la cathédrale, où on s'est fait refuser l'entrée vu qu'il y avait une messe, on s'est fait apostropher par une babouchka qui mendiait. Elle a agrippé le bras de François et refusait de le laisser partir, lui donnant même des bisous sur le bras et la main! Je commençais à être jalouse!

On a dîné sur une terrasse qui donnait vue sur la forteresse! Je sais pas si on vous l'a dit mais les terrasses sont un concept vraiment populaire en Roumanie et en Ukraine, la superficie des restos double ou triple avec elles! L'intérieur des restos est souvent vide, et en effet c'est bien agréable de manger dehors (selon la quantité de cigarettes que fument nos voisins de table...)! J'ai goûté à mon deuxième bortsch à vie, le premier m'ayant rendue malade au Kirghizistan! Celui-là était bien bon!

On a pris une crème glacée comme dessert, marchant tranquillement vers l'hôtel pour récupérer nos sacs. On a aussi acheté des cerises (1,50$/kg) au marché proche de la gare avant de s'enfermer dans un véritable four sur roues pour les prochaines pénibles 2 heures!

De retour à la gare de Chernivtsi, on voulait noter l'horaire des bus vers notre prochaine destination. Par contre, l'horaire affiché faisait part de 2 départs tôt le matin alors que le guide disait que les bus étaient fréquents. On a donc demandé de l'aide à la madame du comptoir en écrivant sur un papier en cyrillique "horaire, autobus, Kolomyya, demain, merci, :)". Pour toute réponse, je me suis fait littéralement envoyer chier par la madame bête comme il ne s'en fait plus, me pointant d'un air de dégoût l'horaire affiché plus loin... On nous avait dit que les madames des gares pouvaient être bêtes, on en a eu la preuve!!

Reste qu'on ne savait toujours pas s'il fallait se lever aux aurores pour attraper un des deux bus... Et l'info touristique était fermée... On s'est dit qu'on ferait confiance au guide et qu'on trouverait bien un moyen de se rendre à destination le lendemain...

On a retrouvé la charmante Valentina à l'hostel et pendant qu'on profitait de leur laveuse gratuite, on a jasé un peu avec elle. Elle s'inquiétait qu'un autre backpacker (avec qui elle avait eu une amourette, potins potins), ne soit pas revenu à l'heure qu'il avait dit! Puis on l'a laissée pour aller souper dans une bonne petite cafétéria où l'employée était beaucoup trop gentille et souriante! Honnêtement, mis-à-part la madame de la gare, les Ukrainiens sont vraiment avenants!

De retour à l'hostel, on a fait la connaissance d'un Américain vraiment gentil mais visiblement imbu de lui-même qui semblait apprécier l'effet lorsqu'il racontait ses prouesses de voyage (comme être emprisonné en Ossétie du Sud, quand même...). L'hostel accueillait 4 africains, venus d'ailleurs en Ukraine "pour leur église". Il y avait entre autre une Nigériane étudiante en médecine en Ukraine et un Ghanéen vraiment drôle qui n'arrêtait pas d'interrompre et de poser des questions philosophiques genre:
  • Quelle est ta plus grande réussite dans la vie?
  • Pourquoi avoir décidé de voyager?
  • Qu'est ce que tu reproches à ton pays et que ferais-tu pour l'améliorer?

(Dans l'hostel, ils avaient affiché une lettre reçue des Etats-Unis l'an passé, où un monsieur d'une 50aine d'année écrit pour se trouver une femme avec qui converser, apprendre sur l'Ukraine et peut-être même se marier. On apprend finalement qu'il est en prison pour encore plusieurs années mais qu'il est vraiment intéressé à fonder une relation sérieuse avec une Ukrainienne! Il a aussi joint des photos de lui. Légèrement creep...)

2 commentaires:

  1. "littéralement envoyer chier par la madame bête comme il ne s'en fait plus, me pointant d'un air de dégoût l'horaire affiché plus loin.." Ce n'est tout de même pas vers la porte des wc qu'elle t'a dirigée. L'Ukraine me paraît nettement plus dépaysant que sa voisine la Roumanie. K

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  2. J'ai eu la mauvaise idée de commencer les Cahiers ukrainiens d'Igort hier soir. K

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