Kiev, partie 1
Holà c'est Marie-Pascale!
Rendus à Kiev, un choeur de "taxi, taxi" nous attendait et guettait la direction vers laquelle on voulait aller. Malheureusement, on avait pas l'air trop confiants parce que les grands boulevards staliniens qui s'étendaient devant nous ne semblaient pas vouloir nous aider à trouver la bouche de métro... Après quelques allers-retours, on a finalement pu quitter la gigantesque gare de Kiev pour se rendre en ville. Contrairement à ce qu'on pensait, le métro de Kiev n'est pas aussi richement décoré que celui de Moscou (paraît-il) ou d'Almaty (mais demeure bien soviétique)! Par contre, sa profondeur est assez impressionnante! Il devait servir à la fois d'abri anti-nucléaire au besoin... On prend souvent 2 fois un escalier roulant, et chacun d'eux est 2 fois plus long que celui du métro Montmorency...
Le premier hostel qu'on a visité, à une vingtaine de minutes de marche d'une station de métro était malheureusement plein malgré sa centaine de lits... Faut dire qu'on était samedi. Un peu dépités, on s'est donc rendus à notre plan B en tramway. Le tramway coûte 3 hryvnias (15 sous), et c'est gratuit pour les personnes âgées (gratuité jugée selon leur apparence, ce qui doit donner lieu à certains malaises...). Ça ne doit certainement pas être rentable!
Se rendre à l'autre hostel (en cherchant longuement l'adresse) nous a pris une autre trentaine de minutes de marche. En effet, Kiev est une ville très étendue (2 800 000 habitants) et on dirait que chaque chose qu'on souhaitait visiter était loin des stations de métro! Après tout ce temps, on était bien soulagés que le second hostel ait de la place!
L'estomac dans les talons, on s'est fait conseiller un "fast-food géorgien", une fenêtre dans un édifice où une madame sert des pains avec un trou au milieu où il y a du fromage et/ou de la viande. Délicatesse santé qu'on a mangé dans un parc, avant de revenir se mettre de la crème solaire à l'hostel. Un Américain s'est servi du fait qu'il ne faisait pas si soleil que ça pour qu'on se mette autant de crème solaire (vade retro vieillissement prématuré de la peau) pour nous aborder et on a discuté un peu avec lui. Il a quitté son emploi au Missouri et a tellement aimé l'Ukraine et ses petits prix qu'il habite à l'hostel depuis 7 semaines...! Il nous a donc parlé un peu de la ville et des habitués de l'hostel, dont un touriste de Transnistrie qui est à l'hostel depuis quelques temps et qui en est le "house cat" pour reprendre son expression: toujours à dormir ou sinon à être assis silencieusement à la même place sur le sofa, à regarder des vieux épisodes de Dr Who...!
Puis ce fut la visite du centre de Kiev, qui a débuté par le monastère Saint-Michaël, copie récente d'un monastère orthodoxe de 1108. À Kiev, les monastères sont différents de ce que je m'imagine des cathédrales de Moscou dans le sens où elles sont en plâtre de couleur pastel, mais elles ont aussi plusieurs tours de différentes hauteurs surmontées de grands dômes dorés! L'effet est vraiment beau! L'intérieur est comme toujours doré à l'extrême, avec des peintures partout et aucun banc.
Juste à côté de la cathédrale siège le ministère des affaires étrangères et l'académie de diplomatie, deux gargantuesques constructions soviétiques étonnamment acceptables côté architecture et design! Nous qui nous attendions à ce que Kiev soit une ville complètement soviétique avons été confondus! Bien qu'elle ne puisse renier son passé récent sous l'URSS, il existe encore de nombreux édifices coloniaux pastel et pour une rare fois, les immeubles soviétiques sont plutôt jolis, avec de grandes colonnades de style grec un peu quétaines! Par contre, les banlieues sont hideuses comme tout bon architecte de l'époque se devait de faire... Kiev est une belle ville, certes, mais ce n'est pas un coup de foudre, contrairement à Lviv par exemple. Je ne sais pas si c'est l'ambiance "grosse ville" mais elle a ce je-ne-sais-quoi qui ne nous a pas séduit d'emblée.
En face du monastère Saint-Michaël se trouve une grande place, sur laquelle trône la cathédrale Sainte-Sophie, qu'on n'a pas visité à ce moment-là parce qu'un Ukrainien déguisé en zèbre nous a dit que c'était fermé et on ne voulait pas s'éterniser à côté de lui. À Kiev, on voit beaucoup plus de touristes qu'ailleurs, avec les attrapes-touristes qui vont avec. Attention: on pourrait vous mettre une colombe sur l'épaule et vous forcer à payer (tsé vous avez demandé ce service...), ou vous faire entourer de gens déguisés en animaux qui veulent que vous les preniez en photo pour quelques hryvnias, ou vous faire mettre de force un bracelet aux couleurs de l'Ukraine...
Après un arrêt par l'Arche, l'ancienne porte (fraîchement rénovée) de ce qui reste des murs de la ville, on est passés devant l'opéra pour acheter des billets pour un ballet le soir-même! Le Jeune ballet de Kiev! Pour nous néophytes occidentaux qui associons le ballet à la culture slave, on trouvait qu'on était pas mal fancy!
Un petit arrêt à une autre cathédrale, Saint-Vladimir, nous a mené vers le parc Schevchenko, où on s'est fait offrir deux tasses de thé gratuites! Le parc était super animé en ce samedi! La rue Khreshchatyk était elle aussi bondée. Cette grosse rue stalinienne au nom imprononçable est l'artère principale de la ville et devient piétonne la fin de semaine. Et c'est en déambulant dans la foule et les vendeurs de gogosses qu'on a mangé un "hot-dog" provenant d'une institution depuis 1981. On reconnaît le mini-kiosque de loin avec la file de gourmands qui s'y forme, et on a compris que la seule chose à faire était de demander le nombre de pâtisseries qu'on voulait puisque c'est la seule chose qu'ils vendent! C'est une pâte à beigne salée et frite dans laquelle il y a une saucisse. C'est étonnamment bon!
Cette dose de gras trans nous a mené jusqu'à la Place Maydan, siège de la révolution en 2014 comme vous l'a expliqué François "historien" Dansereau. Depuis, tout a été rénové et à part les photos des gens décédés, un immeuble qui a brûlé et les mémoriaux, on dirait que rien ne s'y est jamais passé... Pourtant, quand on voit les photos, c'est la guerre! La rue sur laquelle les barricades étaient surtout situées est présentement fermée et on y a déambulé pendant un certain temps en regardant les jeunes visages qui se sont battus pour une Ukraine différente...
Comme l'heure du spectacle arrivait, on s'est rendus à l'opéra, un superbe édifice colonial! Par contre, notre lancée s'est rapidement fait arrêter par un "déchireur de billets" à l'air sévère qui nous en a interdit l'entrée. Il nous a dit "change" en pointant la table avec des madames qui remettaient les billets achetés sur internet. On est donc allés voir ladite madame, qui nous a pointé avec un grand sourire le portier en nous disant que nos billets étaient bons. L'air exaspéré, celui-ci nous a fait comprendre qu'on ne pouvait pas entrer parce que François portait des shorts! "Dresscode" a-t-il expliqué en nous repoussant du revers de la main. Bon, je conviendrai avec vous qu'un short est clairement inférieur au niveau vestimentaire avec lequel on irait voir de l'opéra. Mais on avait vu les spectateurs sortir de la représentation de l'après-midi et tous étaient en jeans et T-shirt sauf pour quelques filles plus chic. On s'était donc dit qu'on n'allait pas se changer avant le spectacle, parce qu'on ne voyait pas trop la différence entre des shorts et des jeans... À regarder les gens entrer, on a compris que les jeans c'est ok (même s'ils sont intensément troués) et que les shorts chez les filles sont aussi acceptables... mais qu'il s'agit d'un crime de lèse-majesté pour les hommes. François serait bien retourné à l'hostel se changer, mais le spectacle commençait dans 10 minutes... On est retournés voir la madame gentille de la table des billets pour lui expliquer que le monsieur ne voulait pas nous laisser entrer. Il est venu la voir pour lui traduire nos simagrées en ukrainien et le regard d'incompréhension totale/jugement qu'elle lui a lancé valait son pesant d'or! Elle a appelé à la rescousse une autre madame qui semblait bien au courant, qui nous a demandé de la suivre dehors, qui a accosté un monsieur en veston. On a par la suite compris que celui-ci était le directeur du Jeune ballet de Kiev!! Mais son poste haut placé n'a pas su convaincre le portier zélé qui refusait catégoriquement de nous laisser passer. Une autre dame qui parlait anglais s'est longuement obstiné avec lui. On commençait à se sentir vraiment mal et à lui dire que ce n'était pas grave, qu'on pouvait partir, mais elle insistait, expliquant au portier ce qui semblait vouloir dire qu'on venait du Canada, qu'on ne savait donc pas que c'était strict et que "de toute façon on était dans le fond d'un balcon et que personne ne nous verrait". Rien n'y faisait, donc elle nous a dit avec un air piteux d'aller nous faire rembourser nos billets à la caisse à côté... On y a revu la madame qui nous avait vendu les billets en après-midi et elle nous a fait signe de la suivre. On a pas trop compris au début puis quand on est re-rentrés par la porte principale de l'opéra, elle nous a fait un grand sourire avant que le portier nous fasse signe qu'on pouvait entrer...! Ne jamais sous-estimer le pouvoir des caissières de maisons d'opéra!!
L'intérieur de l'opéra était très chic, et la salle immense, en marbre et velours rouge, avec de grands lustres! Il n'y avait pas d'orchestre finalement mais pour 10$ le billet, ça valait quand même la peine! Le spectacle a duré 3h15! Certaines danses étaient faites par des enfants, illégalement mignons dans leurs costumes et dans leur asymétrie sur scène, mais la plupart des danseurs étaient adolescents/jeunes adultes. Et quel talent! Ils ont vraiment ça dans le sang! Il y a eu quelques scènes de Casse-Noisette et du Lac des Cygnes, bien sûr, mais toutes étaient bien réussies et impressionnantes!
À la fin du spectacle, on a tenté de se camoufler dans la foule pour sortir inaperçus, ce qui nous a quand même permis de recevoir une crème glacée promotionnelle (?) à la sortie de l'opéra, qu'on a mangée en revenant tranquillement vers l'hostel!
Le jeans est l'uniforme mondial, le pantashort la solution du voyageur. K
RépondreSupprimerCe "déchireur de billets" devait envier les mollets de François...
RépondreSupprimerBelle-maman