Salut, c'est François pour cette entrée sur Lviv!
Un peu avant 7h du matin, le proprio du B&B de Kolomyya nous a reconduit à la gare de train de la ville. On aurait préféré partir plus tard pour Lviv, mais il n'y avait aucun autre départ intéressant avant la fin de la soirée... En quittant Kolomyya par train, tout voyageur a une vue splendide (!) sur un énorme complexe industriel soviétique à l'abandon. Le papi du B&B nous avait dit qu'il s'agissait d'une ancienne usine de tracteurs qui a fermé avec la chute du communisme. C'est sûr que ça n'aide pas quand 50% des pièces des tracteurs étaient assemblées à Cuba, et 50% à Kolomyya! En tout cas, il semble que, du jour au lendemain, 10 000 personnes (!) ont perdu leur emploi lorsque l'usine a fermé!
Le train qui nous emmenait à Kolomyya était rapide et hyper moderne, ce qui faisait un contraste saisissant avec tous les trains soviétiques que nous avons pris depuis Bucarest! Après 2h de paysages bucoliques, on est arrivés à Lviv, la grosse ville de l'Ouest du pays. En sortant de la gare, on a pris un tramway vers le centre, ce qui nous a permis d'avoir un premier coup d'oeil sur la ville elle-même. Et quel coup d'oeil! Lviv a longtemps fait partie de l'empire austro-hongrois et de la Pologne, et a hérité d'une magnifique architecture qui a heureusement été épargnée lors de la seconde guerre mondiale et qui a miraculeusement préservée par la suite des affres de l'urbanisme soviétique. Le résultat est une ville superbe, remplie de bâtiments du XIXe siècle, et où seules les lointaines banlieues ont été défigurées par d'hideux immeubles d'habitation soviétiques. Ajoutez à ça l'énergie et le dynamisme qui se dégage de la foule qui circule sans cesse sur les places et les rues, entre les nombreux cafés et restos, et vous avez une recette gagnante. Ça a été un coup de foudre instantané pour nous deux, et on s'est dit qu'on allait certainement y rester 3 jours!
On s'est perdus un peu en sortant du tramway mais on a fini par trouver l'artère principale (un grand terre-plein piétonnier et ombragé avec l'opéra au bout) d'où on s'est rendus à l'hostel qu'on avait trouvé sur Booking.com (c'est notre nouvelle méthode: on trouve quelque chose qui a l'air bien sur ce site et on y va d'emblée, comme ça on est sûrs que ça existe toujours et c'est souvent des options dont le Lonely Planet ne parle pas)! Situé dans un appartement revampé, l'auberge de jeunesse était véritablement parfaite, en plus d'être d'une propreté irréprochable (ce qui n'est pas nécessairement une qualité que possèdent tous ces établissements, croyez-en notre expérience). En faisant le check-in, on a eu la surprise d'entendre du français québécois derrière nous, et on a fait la connaissance de François et Vincent, deux backpackers début vingtaine avec qui on partageait notre dortoir. Au détour d'un couloir, on a aussi recroisé Ryan, l'Américain qui fait le tour du monde sur sa moto et qu'on avait rencontré à Chernivtsi! C'était un autre de ces moments "quelles sont les chances que ça arrive?" qui arrivent avec une fréquence anormalement élevée quand on voyage! En tout cas, on était bien content de le revoir. Par contre, quand il nous a dit qu'il avait pu facilement faire la randonnée du mont Hoverla, dans les Carpates, sans guide, c'est nous qui étions frustrés!... Non pas contre lui, mais contre le proprio du B&B de Kolomyya, qui nous avait assuré qu'on ne pouvait faire ce trek qu'avec un guide... Comme personne ne parlait anglais et qu'il n'y avait aucune info touristique en ville, on avait donc choisi de lui faire confiance, même si on doutait un peu de ses paroles sachant que le Lonely Planet disait qu'il s'agissait d'une randonnée facile (du moment qu'on se rendait en taxi). Ce genre d'opportunité ratée est éminemment enrageante en voyage! Comme on ne voulait pas partir avec un guide, on avait pris la meilleure décision dans les circonstances, mais ça reste frustrant! Mais bon, que voulez-vous...
Pour ventiler ces émotions négatives, on est allés manger des kotlets (des genre de croquettes de viande) et des varenikys (des genres de dumplings servis avec de la crème sûre: certains de ceux de ce midi-là étaient fourré patates pilées!) dans une cafétéria du coin. Puis, on a été acheter nos billets de train pour Kiev au genre de bureau qui vend des billets de train en avance au centre-ville. On nous a envoyé d'un guichet à l'autre sans qu'on comprenne trop pourquoi (bureaucratie soviétique, bonjour!) et on a attendu très longtemps que le bon guichet se libère, sachant qu'une madame le monopolisait pour y faire je ne sais quelle transaction qui semblait bien complexe. Quand ce fut notre tour, la guichetière ne parlait naturellement pas anglais. Astucieux, on avait inscrit en cyrillique sur un papier "train Kiev 21h46 couchette"et on comptait mimer "deux" avec nos doigts pour les 2 places. Il nous semblait que c'était plutôt limpide ce qu'on voulait... Faut croire que non, car, pour une raison qui nous échappe, la préposée n'a rien compris et il a fallu de longs palabres pour que la lumière se fasse! Elle nous a ensuite proposé 2 prix, on a pensé qu'il s'agissait des couchettes du haut et du bas, la guichetière nous a dit non (enfin, on pense) puis elle a juste décidé de nous chargé le prix le moins cher. En tout cas...
De retour à l'hostel, on a rencontré deux de nos autres cochambreurs: un Allemand (Marcus) et un Chinois de Hong Kong assez space qui a été rebaptisé "Hong Kong" et "Yoshi" (va savoir pourquoi) par Ryan et les 2 autres Québécois. Hong Kong était un dormeur professionnel: sérieusement, il devait dormir 16h par jour! Il était toujours dans son lit, qu'il soit 9h ou 14h! Il voyageait un mois en Europe, et ça faisait déjà une semaine qu'il était à Lviv. So what did you do today, Hong Kong? "Oh, I wrote a postcard to my friends!" Il y a des gens dans la vie qui voyagent très, très lentement...
Pour débuter notre exploration de Lviv, on avait besoin d'un petit kick d'énergie. Ça tombait bien car Lviv est une ville où prendre un café est une institution! On s'est donc pris un café glacé qu'on a dégusté dans un grand parc, puis on est partis. On est revenus sur la grande artère du centre, où on s'est mêlés à la foule devant l'inévitable statue de Schvenko, le poète national ukrainien (il y en a une dans chaque ville je pense). On a contourné le bel édifice de l'opéra avant de chiner un peu dans un petit marché en plein air où on trouvait pêle-mêle des souvenirs traditionnels ukrainiens, des vieux artefacts soviétiques, des poupées matriochkas, etc... Il y avait aussi nombre de bébelles anti-Poutine, notamment du papier de toilette avec la face du président russe et des paillassons où on pouvait essuyer ses pieds sur la figure de ce dernier! On s'est ensuite baladés dans les petites rues pavées du vieux centre avant de gravir la colline couverte d'arbres qui domine la ville. Le château qui a un jour occupé le haut de cette butte a été rasé depuis longtemps, mais on avait une belle vue à 360 degrés sur la ville!
On est ensuite redescendus vers le centre en visitant quelques vieilles églises, et on a terminé notre recorrido à la magnifique place centrale de la ville. Cette brève promenade nous a confirmé que cette ville a du charme à revendre! On constate aussi que c'est plus riche ici que dans les Carpates, vu qu'on voit moins de vieux tacots soviétiques!
De retour à l'hostel, de concert avec quelques personnes qui partageaient notre dortoir (les deux Québécois François et Vincent, Marcus l'Allemand, Yoshi le Hongkongais, et un Croate dont j'oublie le nom), on a tous décidé d'aller souper ensemble dans un resto de ribs dont le Croate avait entendu parler. C'était vraiment bon, et c'était aussi un peu du spectacle: le serveur coupait les ribs à la hache et, pour une raison obscure, on devait porter des tabliers représentant des seins aux mamelons poilus! En tout on a eu bien du plaisir!
Après le souper, le Croate nous a laissé car il devait prendre un train le soir même. En ce qui nous concerne, on s'est ensuite dirigés vers un bar dans un sous-sol, où on était à peu près les seuls clients. Comme il n'y avait pas beaucoup d'ambiance, on y est restés pour une bière, avant de partir pour trouver mieux ailleurs.
Il pleuvait dehors, et il n'y avait pas grand-monde dans les rues en ce mercredi soirfrisquet. On a cherché un autre endroit où terminer la soirée, et on est entrés au hasard dans un bar quelques rues plus loin. La déco était étonnante (des seins et des pénis sur les murs) mais c'est quand la serveuse nous a fouetté les fesses à tous qu'on a compris où on était: le bar masochiste de Lviv!
Parenthèse: comme nous, vous ignoriez sûrement que Von Masoch, l'homme à qui on doit le masochisme moderne (la pratique du sado-maso) est né à Lviv. Aujourd'hui, il y a un bar qui porte son nom à Lviv, et où la principale attraction - vous l'aurez deviné - est le fait que les serveuses peuvent fouetter à loisir leurs clients! Le Lonely Planet en parlait, mais on n'y serait jamais allés seuls (ç'aurait juste été weird). En gang par contre, c'était assez drôle!
Mémé était un peu fatiguée par contre alors, en bon gentleman, je l'ai raccompagnée à l'hostel (sachant qu'autrement elle ne s'y serait jamais rendue)! À l'hostel, on a trouvé Ryan l'Américain seul, en train de parler sur Skype! Le pauvre avait tenté de nous rejoindre toute la soirée! Comme je retournais au bar de toute façon, je lui ai proposé de venir avec moi. Finalement, Mémé s'est ravisée et a décidé de nous rejoindre aussi, et on a invité un Ukrainien qui partageait notre dortoir et qui ne parlait que russe à venir avec nous aussi. On est donc tous repartis vers le Masoch Bar, où on a rejoint la bande de joyeux lurons qui y étaient déjà.
Vous dire qu'on a eu du fun cette soirée-là serait un understatement! De temps en temps, la serveuse venait chercher l'un d'entre nous pour recevoir 10 coups de fouet et dire une niaiserie à chaque coup ("oh yeah", "I'll be a good boy" " Thank you!"), et la personne était naturellement l'attraction du bar à ce moment-là! On y est tous passés (laissez-moi vous dire qu'au 10e coup, on a hâte que ça arrête!). Sauf pour Yoshi qui semblait plutôt apprécier haha! Comme Mémé était la seule fille, elle a eu droit à une version plus soft et a en plus eu droit de choisir quelqu'un à fouetter par la suite! C'est Ryan qui s'y est collé, et il devait dire "I love Frank!" à chaque coup (référence à l'autre Québécois, pas à moi)! C'était hilarant!
Bon, ça parait bizarre comme ça, mais c'était du gros fun. On est sortis de là vers 3h du matin, et on a pris des kebabs et des crèmes glacées sur le chemin du retour. À l'hostel, ça a été le dortoir en folie jusqu'à 4h du matin! On a dit des niaiseries pendant une heure, on s'est jetés des fleurs (Ryan avait acheté un bouquet de fleurs à une babouchka plus tôt ce jour-là)... C'était la première fois depuis qu'on voyage que tout le dortoir embarquait dans ce genre de folie, et c'était bien comique! Bref, une soirée qui restera dans les annales... et qui aurait tout à fait pu se retrouver dans le film Eurotrip!
À bientôt!
10000 pertes d'emploi... voir le billet de MP sur les Carpates: avec leurs faux...planter à la main... K
RépondreSupprimerQu’on le veuille ou non, il y a des moments dans la vie ou on se pose de grandes questions existentielles. Ainsi, après avoir lu votre récit, me suis-je dit : « cou’donc, est-ce que j’ai une vie plate moi?? »
RépondreSupprimerTablier illustrant des seins poilus, Chinois hypersomniaque et hypotone, coups de fouet surprise, ribs taillés à la hache, frustration du Hoverla manqué, bataille à coups de fleurs, tour de Babel des langues… après cette « soirée qui restera dans les annales », vous avez dû faire des rêves assez déjantés… MM
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